TNT et RNT : les derniers refuges de l’anonymat dans un monde connecté

La RNT, c’est la radio numérique. Mais qu’est ce que le numérique, au fond ? Pour beaucoup, c’est la connectivité, internet, les préférences utilisateurs, les cookies, etc… Et tous ses défauts : le profilage, l’impression d’être fiché, etc… C’est en gros ce qu’offrent pas mal de solutions marketing via internet. Avez vous déjà été surpris de vous voir proposer un voyage en Tunisie alors que précisément vous parliez de ce pays dans vos emails une semaine auparavant ? Ou de vous voir suggérer l’achat, disons d’un transistor DAB+ (rires), vous qui en aviez précisément déjà acheté un (ou simplement recherché un) sur un site de e-commerce ? Le monde internet et IP offrent ça.

Si le marketing personnalisé offre des opportunités commerciales immenses (c’est le modèle économique des géants de l’internet Facebook et Google), il peut devenir aussi rapidement très (très) envahissant. La question étant de savoir si la radio, notamment avec des solutions IP, souhaite entrer dans cet engrenage. Devra-t-on, un jour, pour pouvoir écouter sa radio, se connecter via son compte Facebook ? Et ainsi partager ses informations sur son sexe, son âge, sa liste d’amis, sa ville de naissance, son métier (et donc sa catégorie socio-professionnelle) ?

Une radio, en Angleterre, a tenté l’expérience. Absolute Radio, qui émet à la fois en FM, sur le web et en DAB (comme quoi, elle ne fait pas preuve de sectarisme envers la RNT !), a proposé à partir de 2012 un « deal forcé » pour tous ses auditeurs en ligne : ces derniers se sont vus obligés de créer un compte utilisateur avec toute une série d’informations personnelles à remplir afin de pouvoir lancer le flux de streaming. En échange : 2 publicités par heure, extrêmement ciblées, au lieu de 7 génériques sur les réseaux FM et DAB.

L’auditeur doit-il encore être maître de ses choix ?

Un des grands attraits de la radio traditionnelle reste sa liberté, de ton et d’indépendance. Depuis toujours, les personnes derrières les radios ont adapté leur programme, leur cible, leur ton, afin d’attirer le plus grand nombre, en toute indépendance. L’auditeur reste la personne, qui parmi une série de programmes, choisit celui qui lui correspond le mieux. Dans un monde de marketing ciblé, par contre, ce sont les annonceurs qui choisissent leur cible. Précisément. Jusqu’au nom près. Ses excès potentiels ont été illustrés dans la fiction, par exemple dans le film Minority Report (voir extrait ici) où Jonathan (Tom Cruise) se voit proposer successivement l’achat d’une Lexus, d’un parfum Bulgari, d’une Guinness, d’une carte American Express… après avoir été hélé par son propre prénom dans la rue. C’était donc de la fiction, un film, en 2002, il y a 12 ans. Depuis, le marketing ciblé a fait du chemin dans le monde réel, principalement sur le web comme nous l’avons vu.

La question est de savoir si la radio, gratuite, doit basculer dans ce monde de profilage extrême. Ou bien conserver la liberté de choix et d’indépendance aux auditeurs, comme cela l’a toujours été. La RNT, technologie qui perpétue le principe d’anonymat de la radio analogique, est en tout cas garante de cette liberté pour l’auditeur, ce que le monde IP (web et applis) n’offre pas. La RNT, enfin, n’empêchera jamais un auditeur au profil « peu porteur commercialement » (chômeurs, personnes âgées) de se joindre à l’écoute. Bientôt un luxe dans un monde 100% connecté ?

 

Source : La Lettre Pro de la Radio